Carnet à la main, Raphaël écrit, dessine et réalise des croquis qui s’ils l’inspirent, seront reproduits en peinture grand format ou en sculptures 3D. Un artiste aux multiples facettes qui connaît le langage des planètes…

Hébergé dans la chambre dédiée à la sagesse et la connaissance, dans l’aile gauche de la Maison (d’après le Feng Shui), tu as séjourné durant un mois au printemps 2013. Qu’est-ce que ton séjour t’a permis de réaliser ?

Avant tout, j’ai découvert les logiciels libres, ce qui pour moi ouvre à pléthore de perspectives.
J’ai aussi eu l’occasion de peindre sur des grands formats, de profiter de la nature et de me familiariser avec l’esprit de ChezNous que Mathieu incarne avec beaucoup de finesse.

Les discussions que nous avons eues m’ont permis de me faire des repères sur la possibilité de créer ce monde que nous souhaitons. J’ai compris aussi en quoi il y a des parts d’utopie, et d’autres qui sont une évolution naturelle de la société.
Que l’évolution se nourrit de l’utopie, que ce que nous créons est toujours lié à ce dont nous nous sommes imprégnés. J’ai souhaité m’immerger dans l’univers de ChezNous pour cette raison, parce que je sentais que cette façon-là d’entreprendre est en phase avec les nécessités de la société.

Quel est, selon toi, le potentiel de ChezNous (plateforme et lieu-dit)?

A mon avis, l’idée d’une conciergerie de proximité remplit un réel besoin. C’est effectivement quelque chose qui manque dans le paysage social actuel. Créer la possibilité de rencontres, de formations, de partage de ressources, consiste en fait à prendre en mains des choses qui sont laissées à l’abandon. »

En phase de lancement, ce projet s’enrichit des points de vue de chacun. 
Recommanderais-tu d’y venir ? Pourquoi ?

Oui je recommanderais d’y venir, comme pour se familiariser avec l’idée qu’on peut réellement créer quelque chose sans pour autant entrer en guerre avec le monde.
C’est cette idée qui m’a donné envie de creuser,… Je souhaiterais que tout mon entourage envisage la possibilité de faire évoluer la société par des actions bien ciblées, citoyennes, non violentes et collectives.

Comment es-tu arrivé à tes différentes pratiques artistiques ? Quel est ton parcours ?

Je me suis toujours senti à l’aise en dessin. Ayant étudié la musique au conservatoire, j’ai commencé par tenter d’en faire mon métier. Mais je suis parti avec beaucoup trop d’ambitions !

Plus tard, j’ai eu un prof de maths pervers et de jolies amies en section arts plastiques. Aussi j’ai sacrifié mon goût des sciences au profit d’une filière artistique. C’est comme ça que je suis entré aux Beaux-Arts de Bordeaux.

Je dois bien admettre que j’ai un côté rebelle, qui a manqué de cadre. C’est peut-être pour ça aussi que j’ai choisi cette filière non reconnue socialement.


Qu’est-ce qui te motive dans la pratique artistique : l’écriture, le dessin, la peinture, la 3D…?

Ce qui me motive, c’est le fait d’employer ma vie à co-créer : j’ai envie d’être en première ligne en ce qui concerne les vagues de conscience nouvelle. Ce qui suppose accepter le « brouillon » qui est toujours le début de tout !
Je suis enthousiasmé par le sentiment de découverte, de recherche.

La 3D m’a vite séduit car j’y ai vu le début d’une matière idéale: solide et facile à modeler.

Dirais-tu que tu as un style ? Comment caractériserais-tu tes ouvrages ?

En musique j’ai trouvé mon style au bout de dix ans. Pour ce qui est du dessin, j’ai beaucoup changé de style, et il y a eu des époques où je négligeais cet aspect du travail. Aujourd’hui, je pratique le dessin dans la lignée de la calligraphie chinoise, en méditant sur le trait en train de se tracer.

Cela donne un style à mon cahier bien sûr. Mais je ne pense pas qu’on puisse dire que c’est encore « mon » style. Si j’ai un style il me faudra encore quelques années de pratique pour le découvrir.

De mon point de vue, cette idée d’avoir un style est une façon de s’attacher à son moi. Et le souhait de mon moi n’est pas que je m’attache à lui. Cela peut paraître contradictoire mais cela ne l’est pas.
Le moi est un reflet de l’infini, et il est naturel qu’à un moment, l’esprit d’éveil se manifeste en nous, et nous fasse voir que ce moi [cette transition] doit être aimé vertueusement, sans attachement excessif.

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Tu as une grande connaissance de l’astrologie.
Depuis quand l’exerces-tu ?

J’ai commencé à étudier l’astrologie en 2001. J’ai réalisé ma première consultation en 2006 mais à l’époque je n’ai pas continué les consultations car j’avais l’impression d’emmener les gens sur de fausses pistes. J’ai donc arrêté les consultations. Lorsque je les ai reprises en 2012 je suis parti sur une méthode précise, et une certaine implication du consultant. Cela a amené de beaux échanges et m’a motivé à poursuivre.

Comment as-tu commencé ? Pourquoi ? Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

J’ai commencé l’étude de l’astrologie pour me faire une idée de l’avenir de l’enfance de ma fille qui est née dans un contexte de rupture. Cela m’inquiétait et j’ai été efficacement rassuré.
En fait, l’astrologie est une tentative de comprendre le monde, et l’une des plus fructueuses. Mais ces tentatives restent aussi de l’ordre du mental, et il est bon de bien s’en souvenir lorsqu’on y a recours. L’expérience est au-delà de sa représentation.

Est-ce que cela a changé ta vision du monde ? En quoi ?

Oui mais je n’en suis pas très content. J’espère plus de ma pratique du Bouddhisme.
Disons que l’astrologie m’a amené à considérer que ce monde est un lieu d’apprentissage. Cela m’a amené à m’émanciper des repères de la société qui n’envisage la vie qu’en termes de « succès ». J’ai compris que ce qui se jouait dans la vie était bien plus profond, et n’avait pas besoin que les autres s’en aperçoivent.

Chacun vit quelque chose de grand, de passionnant, d’héroïque, et que cette grandeur-là peut passer totalement inaperçue. Parfois les combats les plus méritoires sont ceux que l’on mène à l’encontre même de ceux qui s’intéressent aux mérites.

Tu te présentes comme ‘Artiste – Astrologue’.
Quel(s) lien(s) fais-tu entre ces deux pratiques ?

Disons que mon nœud sud ce serait « artiste » et mon nœud nord « astrologue », ce qui suggère que je viens de la matrice de création et que je me dirige vers le partage relationnel humain. C’est un peu un rapport de complémentarité entre les deux : l’un est l’extérieur l’autre est l’intérieur. On constate que ce dont on a besoin, c’est la synthèse des contraires ; on
n’a pas besoin de privilégier l’un sur l’autre.

écriture en plein air

Tu poursuis l’ordination en qualité de Bodhisattva. Souhaites-tu nous parler de ta pratique du ZEN ?

Comme dans toute cette interview, mes propos vont restés succincts, et forcément un peu naïfs et inexacts. Mais je suppose qu’il vaut mieux dire quelque chose qui permette au lecteur de disposer de repères, plutôt que de le laisser imaginer tout autre chose.

Ma pratique entre dans un cadre souple. Disons que la base repose sur des temps de méditation et de travail au Centre Zen deux fois par semaine, de deux à cinq heures de suite. Ensuite, j’ai un temps de méditation quotidien auquel je me tiens avec souplesse. Mais, il n’est pas évident de savoir quand on passe de la souplesse à la négligence, donc méfiance ! Enfin, il y a les sesshin (retraites) jusqu’à présent j’en faisais deux par ans, et là j’envisage de passer à 5.

Comment as-tu commencé ? Qu’est-ce que cela t’apporte ?

J’ai eu un épisode en 2001 où je m’attendais à avoir mon éveil sous un an. J’ai dû tempérer cette ardeur (car j’ai eu une « ouverture du cœur » qui s’est un peu compliquée), et j’ai peu à peu découvert diverses facettes de la vie spirituelle.

La méditation assise est arrivée entre 2004 et 2008 intuitivement et sporadiquement. C’est en 2009 que j’ai fait ma première sesshin, grâce à Fanny de Rauglaudre. Par la suite ma pratique a été régulière et je l’approfondis peu à peu.

Difficile de dire « ce que ça m’apporte » parce que cette question me place dans une perspective d’un moi qui viendrait butiner des fleurs. Lorsque j’ai découvert le centre zen, j’ai eu un sentiment que « ça me sauvait » et j’en suis encore sur une sorte de conception de cet ordre, si tant est qu’on ait besoin d’être sauvés ! En fait je découvre la vie que je vis, je l’oriente, je pose des vœux très ambitieux pour tous les êtres et je m’emploie à les faire avancer. Mais la pratique du zen n’est pas quelque chose qui se mène par la volonté seule, il y a des efforts de volonté dans la pratique.

La voie ne cesse de nous emporter vers l’éveil, parfois de façon violente. La pratique consiste aussi à accepter de faire ce chemin-là. Le zen n’est pas du développement personnel, même si le moi est mis à contribution. La voie nous amène bien au-delà, également à travers les épreuves et la souffrance, qui sont là de toutes façons.

Contact : raphaelpoli@wanadoo.fr
Sa page Facebook et son compte twitter centralisent sa production quotidienne (blog, dessins, photos, brèves).

Photos et propos recueillis par Gaelle Ternisien pour ChezNous